Cet article a été initialement publié en anglais sur repair.eu, le site de la coalition Right to Repair Europe, le 7 septembre 2026.
Informations de réparation obligatoires pour les téléphones

Depuis le 20 juin 2025, les téléphones et tablettes vendus dans l’UE sont soumis à des exigences de réparabilité1. Celles-ci comprennent notamment un indice de réparabilité obligatoire et une obligation de publier des informations de réparation.
L’indice de réparabilité est autodéclaré par les fabricants et évalue la facilité de réparation sur une échelle de A à E. Il s’agit de l’une des cinq informations complémentaires figurant aux côtés de l’efficacité énergétique sur l’étiquette énergétique obligatoire, mais il n’apparaît pas sur la version réduite de l’étiquette que vous verriez à côté d’un produit dans une boutique en ligne. Une future version de l’étiquette pourrait potentiellement mettre davantage en avant la réparabilité2.
Les fabricants et importateurs sont également tenus de fournir des instructions de réparation et les prix des pièces détachées sur un site internet en libre accès. Les assemblées législatives européennes ont jugé cette seconde obligation suffisante pour permettre aux consommatrices et consommateurs de prendre en compte le prix des pièces détachées dans leurs décisions d’achat, plutôt que de suivre l’exemple français consistant à intégrer le prix des pièces détachées dans l’indice de réparabilité français, comme la campagne Right to Repair l’a recommandé à plusieurs reprises3.
Un an après, 4 téléphones sur 5 ne respectent pas les exigences
Un an après l’entrée en vigueur de ce réglement, nous avons voulu vérifier à quel point elles sont respectées, en passant en revue le registre européen de l’étiquetage énergétique des produits (EPREL), où fabricants et importateurs sont tenus de renseigner les sites internet sur lesquels ils publient les informations requises4.
Les résultats sont accablants. Sur les 2 334 fiches des téléphones mis sur le marché au cours de l’année écoulée, seulement 18 % environ indiquent réellement des sites internet où on peut facilement trouver les prix des pièces détachées ou les instructions de réparation. Près de la moitié des fiches présentent tout simplement des champs vides là où devraient figurer les URL. 19 % supplémentaires renvoient vers une page produit ou une page d’assistance où l’on ne trouve ni instructions de réparation ni prix de pièces détachées. Des fourchettes de prix aussi ridicules que 14 à 128 € pour une batterie entrent également dans cette catégorie.

8 % supplémentaires proposent une référence inutile du type « Voir le manuel », et près de 5 % renvoient tout bonnement vers Temu ou AliExpress5, non seulement pour les prix des pièces détachées, mais aussi pour les instructions de réparation.
Ce qui est particulièrement scandaleux, c’est que certains de ces fabricants ouvertement non conformes s’attribuent malgré tout un score parfait pour les informations de réparation6, ce qui aboutit à une classe A autodéclarée en matière de réparabilité.


Comment est-ce possible ?
Face à ces chiffres, on est en droit de s’interroger sur l’efficacité de l’approche actuelle. Comment une non-conformité aussi flagrante peut-elle exister ? Et comment s’assurer que des indices de réparabilité autodéclarés sont autre chose que de l’écoblanchiment ?
Un champ vide là où devrait figurer une URL n’est pourtant pas difficile à repérer, il pourrait même être détecté automatiquement, et pourtant des milliers de champs vides semblent être passés inaperçus. De toute évidence, aucune autorité publique n’a pris l’initiative de vérifier les données déclarées. La vérification de la conformité incombe à chaque État membre, qui ne dispose pas des effectifs nécessaires pour mener des contrôles approfondis, en particulier pour des cas de non-conformité aussi « mineurs », qui ne mettent pas en danger la vie des consommateurs et consommatrices. De facto, ils semblent largement compter sur les associations de consommateurs et autres ONG pour faire ce travail de surveillance à leur place, comme nous l’avons fait dans ce cas précis.
Être conforme ne veut pas dire être facile à trouver
Il convient de noter que même pour les produits techniquement conformes, le lien indiqué offre rarement un accès direct aux prix des pièces détachées. Pour de grandes marques comme Apple et Samsung, il faut cliquer et naviguer sur le site avant d’y parvenir7. On peut légitimement se demander combien de consommateurs et consommatrices seront prêts à faire toute cette navigation pour prendre en compte le prix des pièces détachées au moment de choisir leur téléphone. On pourrait avancer qu’intégrer le prix des pièces détachées directement dans l’indice de réparabilité serait bien plus efficace pour stimuler la concurrence dans ce domaine.
Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg
Les informations manquantes dans les fiches EPREL ne sont qu’une partie du problème. Il va de soi que lorsque les informations requises ne sont pas mises à disposition par le fabricant ou l’importateur dès le départ, la non-conformité touche l’ensemble des canaux de vente. Mais même lorsque l’information est bien disponible auprès du fabricant, cela ne signifie pas pour autant qu’elle est montrée à la clientèle. Nous avons d’ailleurs constaté que l’étiquette énergétique était carrément absente pour un nombre significatif de produits proposés à la vente, aussi bien en boutique qu’en ligne8.


Le problème de non-conformité ne se limite pas aux téléphones. Nous avons également mené une vérification pour les sèche-linge, soumis à des exigences similaires depuis juillet 2025, et avons là aussi constaté que plus de la moitié des modèles n’étaient pas conformes9. Pour de nombreux modèles conformes, le parcours du combattant pour accéder à l’information était même encore plus compliqué que pour les téléphones10.
Enfin, les consommateurs et consommatrices ne sont pas les seules victimes de ce manque d’information. Les ateliers de réparation professionnels peuvent eux aussi avoir du mal à accéder aux informations de réparation auxquelles ils ont pourtant légalement droit, un sujet que nous aborderons dans un prochain article.
Transparence et surveillance du marché
Comment résoudre ce problème ? De toute évidence, les autorités de surveillance du marché doivent investir davantage de ressources pour vérifier la conformité. En l’état actuel des choses, elles semblent compter sur le grand public et les ONG pour assurer ce suivi à leur place. On peut débattre de la question de savoir s’il est juste que les autorités publiques externalisent ainsi implicitement ce travail sans le financer, mais pour que cela fonctionne, il faudrait un système plus transparent ainsi que faciliter le signalement des non-conformités.
Si le site d’EPREL propose bien un lien pour signaler les produits non conformes, celui-ci n’a fait l’objet d’aucune communication. Comparez cela avec la plateforme dédiée permettant au grand public et aux pros de la réparation de signaler une non-conformité avec l’indice de réparabilité français. On ignore également les droits de recours si un produit soi-disant réparable s’avérait finalement irréparable une fois en panne. Mais surtout, dans sa forme actuelle, l’indice de réparabilité européen repose en partie sur des données que le grand public ne peut pas vérifier, puisqu’il n’existe aucune obligation de publier le calcul complet sur lequel se fonde l’indice.
Mesurer l’efficacité énergétique d’un appareil est complexe, mais la plupart des exigences de réparabilité sont assez facilement vérifiables, à condition d’avoir suffisamment de transparence. Exiger des fabricants et importateurs qu’ils publient le rapport complet sur lequel se basent les indices de réparabilité déclarés, associé à une plateforme européenne pour signaler les non-conformités, contribuerait grandement à permettre au grand public, aux pros et aux ONG d’aider les autorités de surveillance du marché à faire respecter les règles par tout le monde.
Cet article de blog est un résumé succinct d’une analyse menée par iFixit et Right to Repair Europe portant sur plus de 7 000 fiches EPREL, ainsi que sur des contrôles ponctuels dans différents canaux de vente. Nous serions ravis de partager des résultats plus détaillés avec les autorités de surveillance du marché, les organisations de consommateurs et les journalistes. N’hésitez pas à nous contacter via info@repair.eu.
Notes
- Vous trouverez un aperçu (en anglais) des lois européennes actuelles sur la réparation sur la page « What’s my Right to Repair » du site Right to Repair Europe. ↩︎
- Voir A sneak preview of the ecodesign label for textiles, furniture and mattresses. ↩︎
- Voir les articles de Right to Repair Europe sur la tarification des pièces détachées. ↩︎
- Voir le Registre européen de l’étiquetage énergétique des produits. ↩︎
- Cette pratique est parfois habilement dissimulée : les fiches d’information Ulefone indiquent un lien qui semble légitime (ulefone.com/pages/support-centers), mais si on clique sur le bouton « boutique de pièces » de cette page, on est redirigé vers AliExpress. Lorsque vous commandez des pièces auprès de boutiques en ligne situées hors UE, c’est vous, en tant que consommatrice ou consommateur, qui importez officiellement et êtes donc responsable du paiement des droits de douane ainsi que du respect de l’ensemble des réglementations. ↩︎
- Un score de 5/5 pour le sous-critère relatif aux informations de réparation, tel qu’autodéclaré par le fabricant, correspond à « Disponibilité publique des informations pour la réparation et l’entretien, exception faite des schémas de circuits électroniques, sans frais, pour les utilisateurs finals et disponibilité des informations pour la réparation et l’entretien, y compris les schémas de circuits électroniques, sans frais, pour les réparateurs professionnels ». ↩︎
- Le lien figurant dans la fiche EPREL doit renvoyer vers « le site web où les informations pertinentes seront disponibles ». À ce jour, nous n’avons reçu aucune réponse de la Commission européenne à notre question sur ce que cela signifie concrètement en matière de facilité d’accès. ↩︎
- Sur mediamarkt.de, nous avons constaté qu’environ 30 % des téléphones proposés à la vente (690 sur 1 671 produits) n’étaient pas accompagnés de l’étiquette énergétique obligatoire incluant l’indice de réparabilité. Dans le magasin physique de Mediamarkt à Bruxelles, l’étiquette énergétique était absente pour un téléphone sur six (19 sur 113 modèles exposés en magasin). Dans les petites boutiques, l’étiquette était totalement absente. Sur les plateformes en ligne comme Amazon, la présence des étiquettes était également aléatoire. ↩︎
- Nous avons constaté que seuls 2 % des fiches d’information pour les sèche-linge (96 sur 5 159) comportaient des liens vides ou cassés. Cependant, les fiches EPREL de près de 27 % des appareils (1 389 fiches) de grandes marques renvoient vers des pages nécessitant une connexion, la saisie du numéro de série de l’appareil, ou un contact avec le service client par email, téléphone ou formulaire en ligne, et 26 % supplémentaires des modèles (1 317 fiches) renvoient vers un site général de la marque ou d’assistance, qui ne vous sera d’aucune aide dans votre recherche des prix des pièces détachées ou des instructions de réparation. Au total, nous avons constaté que pour 55 % des modèles, la fiche d’information ne mène pas réellement, comme l’exige le réglement, vers « le site web où les informations pertinentes seront disponibles ». ↩︎
- Pour les sèche-linge Smeg, il faut d’abord choisir son pays, cliquer pour indiquer que l’on souhaite commander des pièces, confirmer si l’on est un particulier ou un professionnel, confirmer que l’on sait quelles pièces on souhaite, choisir à nouveau son pays, saisir le numéro de modèle, puis enfin cliquer sur un bouton pour confirmer que la liste de prix est bien celle recherchée. Ouf. Bon courage pour décider quel sèche-linge acheter sur cette base. ↩︎
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Bonjour là famille
Silvanoh Ninho - Réponse Partager