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Démontage des MacBook M1 – du neuf avec de l’ancien

Comme Craig Frederighi avant nous, nous ouvrons aujourd’hui les nouveaux MacBook M1 pour voir la lumière. Sauf que… nous les avons ouverts de l’autre côté. Oups.

Nous irons dans les détails tout l’heure, mais contentons-nous pour l’instant de dire que notre curiosité a été récompensée de la façon la moins intuitive possible. Alors qu’Apple se vante de ses Macs M1 révolutionnaires, ils ne pourraient être plus similaires à leurs prédécesseurs vus de l’intérieur. Le nouveau MacBook Pro 13” accuse une telle ressemblance que nous avons dû vérifier par deux fois que nous n’avions pas acheté l’ancien modèle. De plus, le plus remarquable changement du nouveau MacBook Air consiste… dans le retrait du ventilateur. Étonnant, n’est-ce pas ? En effet, à plus d’un égard. Creusons le sujet.

Le MacBook Air a moins d’air…

Le changement physique le plus important des deux machines réunies relève du jeu de mots : l’Air ne brasse plus d’air. Les critiques vont dire que c’est copier Microsoft… Apple a sacrifié le ventilateur en faveur d’un simple caloduc en aluminium accroché au bord gauche de la carte mère.

Si vous n’appréciez pas ce changement, vous avez toute notre compréhension. Des événements récents peuvent justifier un certain pessimisme. L’Air n’a pas vraiment fait ses preuves en matière de gestion thermique (il commençait même à se forger une réputation) et les systèmes de refroidissement d’autres ordinateurs portables Apple sont célèbres pour leur anémie. Vous pouvez donc vous inquiéter si le ventilateur semble suivre les traces de la prise jack, victime des ingénieurs obnubilés par la finesse, la légèreté et le minimaluminiumalisme

Rappelons cependant la simplicité sans ventilateur de l’iPad (l’autre ordinateur d’Apple). Si ce nouveau système thermique est à la hauteur des besoins du M1 (ce que les premiers tests confirment), il y aura moins d’entretien à faire et une cause de panne mécanique en moins. Qui regrettera de ne plus devoir ouvrir son ordinateur pour le nettoyer et échanger un vieux ventilateur poussiéreux ? Peut-être l’un ou l’autre. Peut-être même nous. Mais soyons honnêtes : la meilleure réparation est celle qu’on ne sera jamais obligé de faire. 

On ne risque pas grand-chose ici. L’épaisse plaque de refroidissement qui recouvre le processeur M1 conduit la chaleur vers l’extrémité plus plate et plus froide qui l’évacue en toute sécurité. L’absence du ventilateur freine le processus et risque de le saturer plus tôt, mais un dissipateur sans caloducs prolongés et chambre à vapeur dispose de plus de masse pour absorber l’énergie thermique. Il n’y a pas de pièces mobiles, donc rien à casser. Vous devrez de temps en temps remettre une couche de pâte thermique et c’est tout.

À part la nouvelle carte mère et le nouveau système de refroidissement, le reste de l’Air est identique à son prédécesseur. Il y a un nouveau modèle de batterie aux spécifications légèrement différentes. La procédure de réparation ne change a priori presque pas. Nous y reviendrons tout à l’heure sur la carte et le processeur M1 même.

Presque le même MacBook Pro, mais différent

Le MacBook Pro compte encore moins de changements internes que l’Air, ce qui nous surprend vraiment. Nous attendions – ou plutôt espérions – des améliorations dans la conception et les composants des MacBook. Les deux machines ont en effet le même processeur, le même système d’exploitation et presque le même écran. Des pièces intercompatibles (comme celles que nous avons trouvées dans les iPhone de cette année) augmenteraient vos chances de trouver des pièces détachées par la suite, étant donné qu’elles seraient produites en plus grande quantité. En cas d’urgence, vous pourriez même piquer les pièces d’un appareil qui n’est pas exactement le même que le vôtre. De plus, les procédures de réparation se ressembleraient beaucoup, voire même seraient identiques.

Hélas, le MacBook Pro à deux ports et le nouveau MacBook Air sont encore affiliés à deux gammes évolutives complètement différentes. C’est dans le système thermique familier du Pro que cela se manifeste le plus. Le refroidissement du MacBook Pro M1 ressemble beaucoup à celui de ses ancêtres Intel : rien de sophistiqué, juste un caloduc en cuivre qui évacue la chaleur du processeur vers un petit dissipateur thermique où l’air chaud est immédiatement mis à la porte grille par le ventilateur.

À propos du ventilateur, quelques rumeurs ont spéculé sur le silence impressionnant des nouvelles machines, même sous une importante charge de travail. Y aurait-il une nouvelle technique magique là-dessous ? Eh bien non : le seul ventilateur du MacBook Pro M1 est identique à celui du MacBook Pro Intel 2020 que nous avons démonté il y a quelques mois. Pas similaire, identique.

En d’autres mots, vous échapperez au boucan d’une meute enthousiaste de fans. Ce truc ne tournera probablement jamais de plus d’une fraction de sa capacité maximale. Rappelez-vous : cette même puce M1 fait ses preuves dans le MacBook Air sans ventilateur, donc ce brasseur d’air n’a pas vraiment de boulot, même en cas d’usage intensif de l’ordinateur. Tout le mérite revient apparemment à la puce M1.

Dites bonjour à M1

Voilà donc le truc que vous vouliez voir ici : le système sur une puce flambant neuf M1 au cœur de ces deux ordinateurs.

La firme à la pomme lui a consacré une introduction détaillée lors de la keynote du 10 novembre. En voici les grandes lignes : la puce M1 est fabriquée à partir d’un procédé de gravure en 5 nanomètres (5 nm = des transistors plus petits pour de meilleures performances moins gourmandes en énergie), comme la puce A14 Bionic dans les nouveaux iPhone. Elle intègre 8 cœurs de processeur (quatre hautes performances et quatre à haute efficacité énergétique), un processeur graphique de 7 ou 8 cœurs, suivant la configuration que vous commandez. (Les deux MacBook incluent en fait le même modèle de puce M1 provenant d’exactement la même chaîne de production, mais Apple les classe dans un processus dit de « binning » qui sélectionne le silicium de moindre qualité et désactive un des cœurs graphiques.)

Aux côtés de l’étincelante puce M1 de chacune des deux cartes, vous dénicherez deux petits rectangles noirs. Il s’agit là des nouvelles puces de mémoire “intégrées” : 8 Go de mémoire LPDDR4X SK hynix. Apple appelle ça mémoire unifiée ou Unified Memory Architecture (UMA). Cela nous rappelle quelque chose, un truc que vous avez vu dans un de nos récents démontages d’iPad. Ce n’est pas surprenant que les ingénieurs d’Apple aient copié ici une partie de leur travail. En ajoutant une couche de RAM sur la puce M1, chacun des éléments de cette dernière (processeur, carte graphique, Neural Engine etc.) peut accéder au même pool de mémoire sans devoir copier ou mettre en cache les données à plus d’un endroit.

Cette conception fait gagner en vitesse et efficacité, mais nous devons admettre qu’elle est un peu accablante pour nous autres qui croisons les doigts à chaque keynote d’Apple, à l’affût de mémoire ou de stockage accessible à l’utilisateur. Les composants remplaçables peuvent prolonger de façon significative la durée de vie de tout ordinateur (surtout les modèles d’entrée de gamme, comme ceux que nous avons sous la main). Les applications et les fichiers média ne cessent d’augmenter en volume et les systèmes d’exploitation de gagner en fonctionnalités. Donner une limite fixe à la mémoire vive ou à l’espace de stockage d’un ordinateur équivaut à le condamner à une mort précoce inévitable. Nous ne doutons pas de la capacité de la firme de Cupertino à concevoir une technologie de mémoire que l’utilisateur peut mettre à jour (voire même juste augmenter, qui sait ?), mais nous la souponnons de ne pas en faire une de ses priorités. Peu importe, nous gardons espoir pour l’année prochaine. Apple affirme que la transition du silicium durera deux ans et prépare sûrement des puces plus performantes, ciblées sur les professionnels aux demandes plus exigeantes.

Voici la liste complète des puces que nous avons trouvées sur ces machines :

  • Système sur une puce M1 Apple (puce principale + 2x 4 Go de LPDDR4X à 4266 MHz)
  • Resynchronisateur Thunderbolt 4 JHL8040R Intel (x2) (essentiellement un extendeur/répéteur Thunderbolt 4)
  • Stockage flash SDRGJHI4 de 128 Go (Western Digital/SanDisk?) (x2)
  • 1096 & 1097 Apple – probablement des CIs de gestion d’alimentation
  • CD3217B12 Texas Instruments – CI USB et transmission de puissance
  • USI 339S00758 Apple – module Wi-Fi 6/Bluetooth 5.0
  • Q64JWUU10 Winbond – Mémoire flash série de 64 Mo
  • 501CR0B Renesas
  • 9240H1 Intersil (également vu dans le MBP 13” 2019)
  • 4881A07 National Semiconductor
  • 7655 Siliconix – transistor à effet de champ à grille métal-oxyde (MOFSET) batterie 40A

Du côté des différences entre les deux cartes, nous avons remarqué que le Pro met plus le paquet sur les phases d’alimentation et comprend des amplificateurs E/S supplémentaires ainsi que des puces de stockage Kioxia (anciennement Toshiba) :

  • PCAL6416AHF NXP (étiqueté L16A) – amplificateur E/S I2C/SMB (x2)
  • Stockage flash KICM232 VD6303 CHNA1 2029

Nous remarquons l’absence de la tristement célèbre puce T2. Au cours des années d’élaboration de ce M1 2020, Apple avait confié de nombreuses tâches (notamment dans le domaine de la sécurité et du chiffrement) des processeurs Intel à sa propre puce T2 sur mesure.

Elle manque sur les deux Macbook M1 2020 : la puce T2 d’Apple.

Ces fonctions ont été reprises par la puce M1, qui comprend Secure Enclave et tout une gamme de fonctionnalités de sécurité intégrées, exactement  comme les dernières puces A. Maintenant qu’Apple gère tellement de silicium Mac en interne, nous devrions nous attendre à voir augmenter ce genre de concentration. 

Dernières pensées

Que dire de notre premier coup d’œil dans le futur du monde Mac ? Ce qui semble au premier abord être des changements superficiels est en fait le fruit d’années de travail intensif et l’esquisse de bien plus encore. Ce sont les MacBook qu’Apple souhaite fabriquer depuis des années. Ils sont silencieux, rapides et intéressants. Ils sont également moins accessibles aux mises à niveau et aux réparations, et seront difficiles à réparer en dehors du réseau Apple dans un futur proche. Il devrait exister un mot pour fier et déçu – fierçu ?

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Crédits : Cet article a été écrit par notre rédactrice Sam Goldheart et traduit par Claire Rapp.